EDITORIAL AVRIL 21

« La crise sanitaire que nous vivons permet une forme de dérégulation des systèmes de pensées et de comportement au travail, elle favorise l’apparition de nouvelles relations d’interdépendance et d’autonomie chez les acteurs sociaux ». Ce constat que je faisais en avril 2020 ne cesse de s’amplifier, depuis un peu plus d’une année que nous vivons cette tragique et passionnante transition du genre humain.
Elle est tragique, parce que comme tout changement d’importance, elle s’accompagne de souffrances et de déchirements ; les plus démunis, matériellement ou intellectuellement, sont comme toujours les plus atteints, et c’est d’abord vers eux que doit se porter toute action de compassion et de secours.
Elle est passionnante, parce que comme tout changement d’importance, elle permet de mettre à jour des réalités qui jusque-là seraient passées inaperçues, dans le flot des habitudes de vie.

Ces réalités nouvelles nous apparaissent en ordre dispersé, selon nos centres d’intérêt et nos formations mentales. Par exemple, en vrac et dans le désordre : la vulnérabilité intrinsèque de nos institutions, le degré variable de précautions sanitaires et de conduites solidaires dans tout corps social, le désordre de l’information sur la situation de l’espèce ou la situation épidémiologique, le manque de vision, de constance et de hauteur dans toute décision politique soumise à influence multiples, la grandeur et la saturation de la résilience populaire, l’impact des grands mouvements d’opinion sur la vie et la survie collective, l’importance des fractures sociales, numériques, administratives, dans la société du travail, l’extrême sensibilité ou dépendance à l’image de nos dirigeants etc.. 
Relevons que toutes ces prises de conscience, liées aux phénomènes observables en temps de crise, ont toutes en commun un facteur central : la notion de relativité. En effet, la crise nous apprend en premier lieu le sens de la relativité des choses : celle de notre vie, relative à nos pratiques ; celle de notre espèce, relative à notre environnement ; celle de nos décisions, relative à notre degré de lucidité…

Je faisais l’autre jour une intervention sur ce thème, à l’appui de la réédition de ma thèse pour le  Doctorat de Psychologie présentée en 1997 à l’Université de Toulouse II sous le titre : «  Processus de crise : continuités et changements » (éditions ENRT-Decitre 2003, visuel sur notre site).
Quelqu’un me demanda : « Comment peut-on apprendre d’une crise ? ». Ma réponse fut : « C’est une question d’attitude face aux circonstances : mise à distance de nos certitudes, mise en disponibilité de notre compréhension, mise en capacité d’apprendre ». Peut-être aurais-je du ajouter aussi : mise en humilité ! 

Jean-Philippe Toutut

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *