EDITORIAL DE NOVEMBRE 2021

« On ne peut pas marcher la tête dans les nuages quand on a un caillou dans son soulier »

Voici un proverbe chinois que nous répétons souvent dans nos formations et dans nos cours. Il nous permet d’illustrer la différence qu’il y a entre une démarche de prévention des risques, destinée à l’évitement de la souffrance, et une démarche d’amélioration de la qualité de vie au travail, qui vise le développement de soi au travail. Elles ne peuvent jamais se réaliser ensemble, mais une bonne logique organisationnelle veut qu’elles puissent harmonieusement se succéder. Entre ces deux postures : une position intermédiaire, la plus fréquente dans nos organisations, dans laquelle on supporte suffisamment bien les divers aléas du travail, sans pour autant voir se développer les conditions de son épanouissement. Tout est dans le « suffisant » évidemment, et c’est pourquoi un certain nombre de nos interventions visent d’abord à vérifier la présence des 6 conditions de la QVT (que nous avons développées dans notre tout récent livre, « la QVT », p.86 et s.) ; si le premier examen n’est pas concluant, alors très souvent il entraine la nécessité d’une phase préalable : à soulager des cailloux dans la chaussure.
Il est clair que lorsqu’un salarié se rend au travail la boule au ventre, parce qu’il sait qu’il va retrouver une situation tendue, des lourdeurs, une atmosphère agressive, des conditions matérielles insuffisantes, une interrogation permanente sur sa place, et/ou une angoisse sur la pérennité de son emploi, il est vain d’espérer le faire participer à la recherche de l’équilibre vie personnelle – vie professionnelle, de lui faire chercher les meilleures solutions d’équité entre les hommes et les femmes, ou de coconstruire les conditions d’une meilleure qualité de sa production.
La seule chose à faire dans ces circonstances, c’est de chercher -avec lui- les meilleurs procédés pour alléger sa peine, soulager sa souffrance au travail, et reprendre le chemin d’un travail assaini. En mission de prévention des risques, on cherche aussi à faire que les conditions qui pourraient amener à de nouvelles souffrances n’apparaissent plus, ou qu’elles soient traitées dès que des signaux faibles nous alertent.
Ce n’est que lorsque le caillou dans le soulier est enlevé, la plaie cicatrisée, que l’on peut tourner son regard vers de nouveaux horizons. Précisons pour compléter le proverbe, qu’il y a toujours de petits cailloux dans nos souliers : ne serait-ce que lorsqu’il faut se forcer à se lever le matin au son du réveil pour aller travailler, alors qu’on préfèrerait rester au chaud sous ses draps. Mais il suffit que ces petits graviers ne soient pas trop gros au point de nous empêcher de nous lever, de marcher, de penser, de respirer librement dans notre travail .. et de commencer à réfléchir à ce qui permettrait de faire de notre travail une richesse plutôt qu’une charge, une ressource psychosociale (Y. Clot) plutôt qu’un risque psychosocial.

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