EDITORIAL DE MARS 2022

Ce mois de mars restera dans les esprits comme celui où enfin tombent les masques. Nous voilà donc visage nu, frontal devant le virus, prêt à le regarder en face pour l’affronter, l’assimiler, le banaliser. L’image est évidemment très forte. Symboliquement, celle d’un dévoilement, d’une mise à nu comme les gladiateurs d’antan face à leur destin. Allégoriquement, c’est une révélation, l’étymologie même de l’apocalypse. Sommes-nous prêts à regarder notre destin, à confronter l’apocalypse ? cela rappelle une phrase des hippies des années 60 : « Les dieux ne nous parleront en face que lorsque nous-mêmes aurons un visage » ; pour beaucoup d’entre eux ce visage était celui-là même de Dieu, mais ne nous attardons pas trop sur ces évocations qui peuvent déranger certains : l’essentiel à réaliser c’est que nous nous avançons inexorablement vers des états où nous ne pourrons plus tricher trop longtemps.

Et dans le cadre professionnel, l’analyse institutionnelle que nous menons dans l’accompagnement des démarches projet dans l’entreprise n’est pas très éloignée de la vertu de ces dévoilements. Deux cas illustrent ce constat.
Dans ce comité de pilotage d’une démarche QVT à ses touts débuts, le délégué syndical, très moteur dans la négociation initiale, fait soudain de la résistance, il conteste la définition de la QVT, revendique d’en définir les contenus, s’oppose au principe de discussion collective.. Il faut interrompre le processus, et tâcher de comprendre ce qui se passe. Un entretien avec un médiateur externe neutre fait apparaitre cette réalité : le délégué craint qu’en ouvrant le processus à l’ensemble des salariés, il ne serve plus à rien. Ce n’est pas ici un calcul politique, ni même une revendication de pouvoir : chez lui c’est presque une question de survie psychique dans son identité, son rapport aux autres, et ses raisons de venir travailler. Un dispositif adapté basé sur la reformulation l’aidera à avancer vers le dévoilement de cette réalité, seule manière non brutale de dépasser le blocage de la démarche.
Dans cet autre cas, c’est le directeur de l’établissement qui impulse la dynamique QVT, mais il montre très vite un enthousiasme qui déborde le cadre de la co-construction, et écrase l’expression des plus timides. Il veut toujours être à la pointe de la démarche, rebondit sur toutes les suggestions, récupère à son profit toutes les propositions émises.. Le groupe trouve très vite ce comportement étouffant… et finit par le lui dire. Une discussion sur la dynamique interne dévoile alors une position professionnelle délicate du directeur à l’égard de son directeur général, et le surinvestissement de la démarche QVT comme moyen de prouver son efficacité dans le management humain.
Il est toujours bon que les masques tombent, et que nous avancions davantage à visage découvert. D’ailleurs, peut-on avancer si nos visages restent couverts ? il n’en reste pas moins que les dévoilements peuvent parfois être douloureux, surtout si on a gardé le masque longtemps. C’est une des raisons de faire appel à un appui extérieur, neutre, objectif, et professionnel, pour aider à se regarder de nouveau dans une glace et redécouvrir son visage.

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