EDITORIAL SEPTEMBRE 2022

En cette rentrée 2022, c’est peu de dire que la situation économique et sociale se tend dans tous les secteurs de l’activité. Dans les entreprises de production, la difficulté est partout : en amont, quand les fournisseurs n’ont plus ou très peu de matériaux ou de pièces ou quand les banques rechignent à la moindre demande de crédit ou de prêt-relais (d’autant plus quand la BCE monte ses taux directeurs à un niveau jamais atteint), en aval quand les consommateurs se replient devant l’inflation  (que les producteurs sont bien obligés d’entretenir s’ils veulent garder la marge nécessaire pour survivre), et entre les deux quand les salariés n’ont pas de perspectives, des salaires qui n’augmentent pas autant que les prix, et des charges de travail de plus en plus élevées.

Dans le secteur sanitaire et social, ce sont des constats répétés d’aggravation des pathologies accueillies, des manques d’effectifs à tous les étages, des exigences plus fortes en tâches qualitatives mais aussi administratives, des salaires très bas, un manque généralisé de considération et de reconnaissance..

Le combat est certes politique, mais après la période Covid il s’étend à des champs nouveaux : celui du sens au travail, du type de société que nous voulons, de la limite de la démocratie, de la voie à tenir pour mieux vivre et travailler ensemble.

Dans les établissements dans lesquels nous intervenons, il arrive toujours un moment où nous sommes interpellés : peut-on encore raisonnablement parler d’amélioration de la qualité de vie au travail, alors que les salaires sont misère et les manques de personnels criants ? et sur ce terrain-là notre posture est constante : oui certaines situations sont objectivement lourdes, voire inacceptables, mais non cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se désintéresser d’améliorer ce que l’on peut améliorer. Il nous parait cohérent aujourd’hui de mener deux batailles de front : l’une sociale, sur le terrain politique ou syndical, s’il s’agit obtenir des moyens supérieurs lorsqu’on travaille dans des conditions objectivement insupportables, l’autre psychosociale, sur le terrain organisationnel, s’il est possible, par l’aménagement des conditions de travail, de développer un meilleur bien-être et une meilleure qualité de travail.

Rien d’incompatible à mener les deux combats, et une logique à souligner : dans les deux cas, on cherche à améliorer le travail, pour ceux qui travaillent, et pour ce qui est produit. Certes, ceux qui basent leurs luttes sur l’insatisfaction et la souffrance peuvent avoir intérêt à ne pas chercher des solutions qui entrainent de l’apaisement. Mais ils oublient que certaines négociations sont gagnées justement parce qu’on est plus en capacité de justifier ses arguments. Et d’autre part si l’on était en mesure d’arranger des contextes difficiles et de se sentir mieux au travail, pour quelle raison faudrait-il y renoncer ?

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