EDITORIAL 1er trimestre 2024

Après avoir gratifié de nos vœux la famille et les amis dès le 1er janvier ou peu après, nous nous tournons les jours suivants vers le reste du monde. Plein de pensées positives s’envolent alors les uns pour les autres. Mais ce peut être aussi une période de réflexion sur le sens de nos vœux, ce que l’on souhaite réellement, à qui et pourquoi.

C’est un monde difficile que nous trouvons en 2024, avec beaucoup de conflits armés, et d’autres en préparation. Toutes les nations accélèrent aujourd’hui leur production d’armes dans une course folle, à l’issue incertaine. Tandis que l’actualité est focalisée sur les circonstances de troubles, on a acheté pour Noël plein de panoplies de soldats ou d’armes factices aux enfants, et dans le langage commun le vocabulaire guerrier est au premier plan. C’est une ambiance dangereuse qui s’installe aux pieds du sapin, elle fait rentrer dans les esprits la banalisation de la guerre. Le rejet de l’autre est lentement dédiabolisé, la violence aussi.

Signe de ce temps : le Président de la République évoque dans ses vœux le « réarmement », en souhaitant la « mobilisation » des français. Nous ne savons pas vraiment de quelle guerre parle le Président. Ce n’est plus celle contre le Covid, ce n’est pas encore une mobilisation militaire. Sous couvert de civisme, il s’agit sans doute de susciter une forme de « sursaut français », une variante d’incitation à la productivité ; les dividendes des gros actionnaires se chiffrent en dizaines de milliards, mais ce n’est jamais assez. Cette forme de réarmement au profit de la Bourse ne nous convient pas.

Pour nous, s’il fallait se réarmer, prendre les armes ou inciter à le faire, ce serait pour stimuler les forces de notre conscience, ces « forces de l’esprit » qu’évoquait François Mitterrand. Pour nous, le réarmement, c’est renouveler la conviction de l’optimisme, comme on milite pour une cause sacrée sans se soucier des retours sur investissement.  C’est chanter « l’espérance folle » (Guy Béart) et ne pas avoir honte ou pudeur de dire sans cesse qu’  «  il est temps que le malheur succombe » (Jean Ferrat). C’est renforcer la foi dans l’homme et ses capacités à évoluer, c’est vouloir aider le projet humaniste, c’est vouloir faire des enfants justement parce que le monde bat de l’aile, c’est planter un arbre chaque fois qu’un arbre brûle. C’est vouloir être toujours plus lucides et fort, justement parce que les difficultés s’accumulent devant nous.

Sommes-nous très loin de notre activité professionnelle et de la QVCT ? je n’en suis pas si sûr. Le sous-bassement culturel et philosophique de la QVCT est très fort. Que l’on regarde attentivement le préambule de l’ANI du 19 juin 2013, et entre les lignes des différents articles, comme l’article 13 par exemple : on y verra des affirmations très fortes, telles que le vœu que « le travail trouve toute sa place, mais rien que sa place, au sein des activités humaines », que les salariés soient perçus et traités « en tant que personnes », qu’il faut investir et parier sur « l’intelligence de chacun dans l’entreprise » etc…  Je ne crois pas que l’on puisse être efficace en tant qu’acteur de la QVCT si l’on n’est pas foncièrement porteur d’espérance, du côté du changement et de l’épanouissement de la personne et du collectif de travail. Être un bon technicien de la QVCT ne suffira pas à garantir le succès, il y faudra toujours de l’âme en plus.

Davantage conscients, lucides et forts, et de l’âme en plus : ce seront mes vœux pour nous tous en 2024.

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