EDITORIAL AVRIL 2022

Ce mois d’avril est celui des grandes incertitudes : verra-t-on le bout du tunnel covid ? changerons-nous de Président et d’institutions ? la guerre en Ukraine va-t-elle s’intensifier en horreur ? assurément les réponses que nous apporteront les prochains jours vont orienter tous nos projets, et marquer durablement nos activités professionnelles comme nos mentalités.


Dans ce contexte poudrière, sur le plan du travail et de la QVT, des nouveautés sont également à souligner et à prendre en compte : le 4ème Plan santé au travail, présenté en décembre 2021, comme le 1er Plan santé au travail dans la Fonction Publique, présenté en mars 2022, viennent orienter la politique publique en matière de travail jusqu’aux années 2025. La « Qualité de Vie et des Conditions de Travail » (QVCT), inaugurée par l’ANI du 9 décembre 2020, y est maintenant consacrée, et il va falloir l’intégrer à nos analyses et à nos interventions. Nous pensions pourtant, avec Pascale Levet et l’ANACT en 2016, que la QVT amenait un « saut d’échelle », un changement de paradigme dirions-nous, vis-à-vis des approches « réparatrices » d’un travail considéré comme source de souffrances, que la prévention des risques psychosociaux illustrait. Rappelons-nous comme Yves Clot soulignait il y a plus de 10 ans à quel point l’entrée dans le travail par les risques (et entendons ici l’attention portée à la santé) était peu compatible avec une approche centrée sur les ressources du travail.

Force est de constater que cette approche n’est plus d’actualité en 2020. L’influence de l’ANACT en 2020, sous couvert bien sûr des partenaires sociaux, a joué maintenant en faveur d’une QVT élargie aux questions de la santé, de la prévention et des conditions de travail. Cette « QVCT » nous alerte: son contenu invite explicitement à une intégration dans la démarche de la gestion des risques santé, et ce mouvement pourrait se subordonner à terme à la recherche purement constructiviste de l’épanouissement humain au travail. Suivons attentivement le mouvement, d’ailleurs peut-on faire autrement ? mais prenons garde à une QVCT fourre-tout, qui confondrait santé et réalisation de soi, qui fixerait insidieusement à la démarche QVCT des objectifs hygiénistes (que dénonçait déjà Yves Clot en 2010) et oublierait le souffle de l’amélioration permanente du bien-être, dont on sait qu’il n’est pas corrélé avec « le silence des organes ». Nous observerons attentivement l’évolution qui nous est proposée aujourd’hui par les pouvoirs publics et leurs relais institutionnels ; prenons garde qu’elle ne conduise in fine à ne plus savoir répondre ni au versant de l’amélioration de la santé ni à celui de l’amélioration de la qualité de la vie. 

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